Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 18:12

                                           

                                            EXIL MARIN

 

 

Les jambes aux reflets cuivrés

Les pieds qui courent sur la plage

Les doigts qui jouent avec le sable

Les bouches qui vont expirer

Dans les bateaux et bouées gonflables

Ont perdu en mer leur visage

Dans les corps en locomotion

Tout n’est plus que fragmentation

Sans que l’on puisse restituer

Du sens aux plaisirs destitués :

Tes mille et un gestes de rien

Ont déserté mon quotidien

 

Les regards tiennent rarement

La peur d’autrui probablement

L’enfant observe davantage

En souriant à son doux visage

Dans nos meilleures intentions

On s’expose à la suspicion

Ah, honni soit qui mal y pense !

Rien ne remplace plus l’absence

Tes mille et un gestes de rien

Ont déserté mon quotidien

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 14:26

Enfants de l’Apocalypse

Jouant dans les champs de ruines poétiques

Où rien ne peut plus faire sens

Dans les éclats de conscience

 

Perte du rythme, de la foi aux symboles

De la transcendance, de la Voix lyrique

Retrait du génie humain, et de toi, feu public

Adieu Poésie

 

Au détriment du visuel suprême

Et des pornographies omniscientes

Règne du narcissisme immanent à tout va

Violences animales dans les stades

Oscillant entre oral et (b)anal

 

Renfermement, cloisonnement, sclérose des lieux scolaires

Reproduction d’ouvrages à but didactique

Et critiques très peu lus

En vue de vaines promotions universitaires

Sayonara Poésie

 

Nullité crasse du style et dictature du concept neuf mal recyclé

Du haïku readymade minable

Faussement harmonieux

Au slam lourdingue, prétentieux et pauvrement rimé

Servi par des idées à l’esprit pâteux

Asservi à des opérations de Partnership

Bye-bye Poésie

 

Millions d’albums vendus ô génie de la langue, le français est tendance

Tandis qu’inévitablement s’accentue la décadence absolue de la forme

Jamais dépassée, à peine compensée

Par la plus envoûtante des proses

Par le plus passionné des baisers au cinéma

 

Impotents les anciens dans les livres jaunis qui

N’ont pas su transmettre

Des siècles refermés

L’art des belles lettres autant que la salutaire rédemption par l’Art

A leurs élèves décervelés par le royaume des icônes vulgaires et du bruit

Aeternum vale Poésie

 

Parents à la fois complices et offusqués, trop occupés

A produire et s’oublier dans le pré-consommé

Diktat de la machine pour les oreilles, la bouche

Obstruer chaque orifice

Contrôler les évacuations

Compressions des corps malléables

Jusqu’aux inévitables implosions

 

Démembrement des organes et des sens

Dans les espaces mercatiques culturels fléchés en tous points

Et pour les yeux dont les horizons sont masqués

Par les toiles de fond, les trompe-l’œil, les écrans aussi plats que ce monde

Et les matte paintings sur nos plafonds étoilés

Pour ces yeux, il ne leur reste plus qu’à pleurer

De s’être abîmé la vue et de ne pas avoir su voir autrement

Qu’avec le filtre des interfaces oniriques paramétrées

Jusqu’à ce qu’un soir les refermer

 

Et pour la première fois au petit matin oser regarder.

Partager cet article
Repost0
8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 04:42

 

Miroir

 

 

Miroir, maudit miroir, cruauté sans mémoire,

Pourquoi réfléchis-tu ce réel illusoire ?

Objectif rejetant nos lumières complexes,

Brise-cœur de malheur, image qui nous vexe.

 

Hier, belles en toi, décrépites ce soir,

Comme passées soudain dans un grand laminoir ;

Ta façade polie insulte nos visages,

Par trop indifférente aux charmes de notre âge.

 

Es-tu l’illustration de nos réalités,

Surface déformée, trop convexe ou concave ?

Est-ce donc ta couleur légèrement teintée

Qui tache notre peau d’un rouge betterave ?*

 

Mais qu’as-tu fait de nous, d’odieuses créatures,

Reliques condamnées au deuil de nos beautés ?

Fripées, aux cheveux blancs, tristes caricatures,

Adieu, maudit miroir, tu nous as tout ôté.

 

 

*Variante :

Qui crache sur nos peaux un rouge betterave ?

Partager cet article
Repost0
8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 04:22

 

Madame la fleuriste,

Magique intimiste,

Qui vous parle des fleurs

Comme du bonheur :

Espiègle fée joyeuse,

Toujours radieuse,

La vois-tu qui se presse

Pleine de tendresse,

Vers les belles du jour

Où éclot l’amour ?

 

Mais ce matin, le magasin n'est pas ouvert :

Madame la fleuriste est morte d’un cancer,

Partie soudainement comme s'en alla Hyacinthe ;

Son sourire aux clients, tel un baiser de sainte,

En quarante ans, aura bien soulagé des pleurs,

Laissant l’empreinte de la bonté dans vos fleurs.

Qui aura donc pensé aux siennes ce matin ?

Nos vies pour toujours ont perdu un doux parfum.

 

 

Partager cet article
Repost0
22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 22:30

Un jour il y aura ce beau gars qui fera

Son argent sur mon dos, son beurre d’escargot

Avec son rire idiot et sa malette au bras

Il ira vendre aux oies quelques graines de mots

 

Que j’eus plantées jadis, rêvant d’un oasis

Mais qui ne prirent guère au milieu du désert

Jusqu’au soir où sortit, parmi les immondices

Une petite fleur du ventre de la terre

 

Puis une autre d’une autre avant que ne jaillissent

Deux cent mille pistils portés par un geyser

Lui-même propulsé par un feu d’artifice :

Bombes, fusées, soleils en des bouquets bleu-vert.

 

Moi, je serai trop vieux, peut-être loin déjà

Pour voir ce que ça fait de semer hors des pots

― Tout le monde rigole, il n’y a plus d’aura ―

Que passe la poussière, adieu chers petits mots.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 21:06

Contre toute attente

 

Nous nous déplaçons dans nos boîtes à sardine

En attendant que la nuit nous dévore –  enfin

Nous nous réveillons dans cette ville assassine

En espérant que la nuit nous enivre – en vain

 

Entre deux cauchemars et trois boissons sanguines

Nous nous recouchons – corps trop impurs et sans foi

Cocktails de liqueurs bleues mêlées aux safranines

Douleur exquise au cœur – l'amour où tout se noie.

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 20:40

 

 

 

ACCIDENT I

 

 

La chute inattendue de ses eaux

De son berceau de sang utérin

De son landau d’amour et de peau

Libère un cri que le temps restreint

Dans l'ordre monotone du monde

En l’espace de quelques secondes

Son empreinte au silence s’inscrit

Auprès de débiteurs d’autres cris

Respire et pleure fort nouveau-né

Ton compte à rebours s’est actionné

 

 

ACCIDENT II

 

 

La chute inattendue, jeté au paradis

Accroché à son siège, un brusque coup de frein

Dans le chaos humain qu’aucun temps ne restreint

L’espace d’un instant, dernier cri d’une vie

Par défaut son air bag lui sert de coupe-vent

Le temps le transporte à l’intérieur, vers l’avant

Insensible au vivant, tout paraît clair et stable

La mort semble un extrait de mémoire insondable

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 20:11

À part

 

 

À part boire la nuit quelques bières sans goût

Rêver de sports d’hiver, un week-end au mois d’août

À part dormir encore et toujours sans sommeil

Un peu plus que demain et bien moins que la veille

 

À part compter les jours avant le grand départ

Pour l’éternel retour à la case départ

À part mourir d’ennui, chercher sa vie perdue

Et puis la retrouver quand on n’a plus la vue

 

À part cela souvent on dit : « Et nos amours ? »

C’est bien là le problème, on leur a tout données

Pour certains, quel destin, rien ne vient en retour

 

Et pour d’autres, l’on sait, ils y sont abonnés

À la beauté du jour, dans la revue Glamour

On semble plus aimable avec un joli nez

 

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 20:08

 

 

              AURA ET FIN

 

 

J’ai entendu tant de silence dans vos arts

Que j’ai presque failli m’y perdre certains soirs

Tant d’amour s’oublier tout au fond des placards,

Frôlé par cette soie qui drapait la mémoire

 

J’ai vu tant de beauté s’enrober de cafard

Chez toi, sculpteur aux traits fins de marbre et d’ivoire

Des comédiens de rue au hasard d’une foire

Au chanteur un peu faux au bord des boulevards

 

Au rythme des clameurs, oui j’ai bien trop vécu

L’inexorable instant des chefs-d’œuvre perdus

J’ai parfois vibré au son des souffles vainqueurs,

 

De l’immor[t]alité des enregistreurs froids

Aussi j’ai pu sentir, désarmé par l’effroi,

La chaleur d’une voix détruite en un quart d’heure

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 20:07

 

 

Empathie

 

 

 

Que je sois l’encoignure

Qui retienne tes murs

Que je sois le pertuis

Qui libère tes nuits,

 

Je veux sur ton pixel

Mettre mon grain de sel,

Finir en fanfreluche

Pour plaire à ta peluche.

 

Suis-je cette parure

Qui manque à ta fourrure ?

Suis-je la particule

De savon pour ta bulle ?

 

Je serai la dorure

Exaltant tes reliures,

Un brin de filament

Recevant ton courant.

 

Es-tu la larme en trop

Qui coule mon bateau ?

Es-tu le mot absence

Présent tel un non-sens ?

 

Seras-tu le rouage

Actionnant mon courage

Quand la goutte de sueur

Viendra trahir ma peur ?

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de erts.over-blog.com
  • : His poetic style is a combination of lyrical writing with social, experimental and humorous themes. He believes that poetry has to renew with its popular functions to regain vitality in the world of French literature, as well as he likes committing most of his work to the constraints of certain traditional rules of form (to also have the pleasure of transgressing them).
  • Contact

Recherche

Liens