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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 18:45

 

Baignoire

 

Ma baignoire toute blanche, et je ne sais pourquoi

A l’acier inoxydable, hélas sans petits pois

Ma baignoire trop glissante à l’étrange encaustique

Sur sa surface en pente à l’étonnante acoustique

 

Bancale autant qu’atonale, au rythme de mon poids

En recherche d’une danse orchestrée par les doigts

Au tempo synchronisable avec des pieds métriques

Binaires ou ternaires, qu’importent leurs musiques

 

D’un jeu de jambes désarticulées aux abois

Au pommeau réverbérant les glouglous de ma voix

Entends-tu ce malstrom de borborygme aquatique

Délivrer sa puissance en trois pas de gymnastique ?

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 18:41

MIRAGE

 

Sur les chemins en bord de mer

Dans les campagnes qui se glissent

Le long des cieux

Il y a des calvaires au virage des villages en pierre

Longue vie aux lieux dits sans histoires

Mystères

Qui emportent le doute et les hommes

Un soupçon d’espoir

Ajoute un peu de bleu

Est-ce une nuée d’étoiles qui s’accroche au soleil ?

Elles finiront par s’enfuir vers d’autres lieux

Entre chemins un peu semblables

Entre silence et lignes absolues

De ces visages qui dépaysent

Aux pays gris qui dévisagent

Il y a de ces souvenirs qui prennent en otages

Les doux flâneurs entre deux orages d’été

Entre deux orages d’été

Morceau de ciel qui se détache

De la folie

Des chantres sans loi

Morceau de ciel qui se détache

De la folie

Des chantres sans voix

Il y a de ces vents qui soufflent par-dessus les toits

Parfois cracheurs et pleins de rage

Et si tout ceci n’était qu’un mirage ?

 

 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 18:39

Biofuel

 

Hé, mon ami, t’as du fuel

Pour ma caisse et ses essieux ?

Tant que ça fume et qu’ça roule,

Que ça chauffe pour les pneus !

 

Mon SUV est si cool

Une Rover ‘coupé’ bleue

Allez, direction Kaboul

Sur les chemins gadoueux !

 

Ton beau bolide déboule

En crachant du feu de dieu

Par la grâce du biofuel

À la bouse, mes aïeux !

 

Ça dégouline et ça coule

Mais ça pollue moins les cieux.

Allez, Raoul, y a pas foule,

Fais-moi tourner ces essieux !

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 18:35

1 an

 

 

À un an le sait-on que toujours tout revient ?

Le printemps suit l’hiver, l’été fuit vers l’automne

Rediffusions télé, accident aérien

Conflits en Palestine, un nouveau Pokémon

 

À un an, le sait-on que l’on rend chaque bien

À la terre et au ciel ‑ Tout se prend, puis se donne

Que la mort veut ton père et la vie n’apprend rien

Sur les pierres dressées dans la lande bretonne

 

Prends des forces, bébé, il te faudra savoir

Un peu plus qu’on ne sait du bleu de la planète

Et que tant peut se faire avec juste une tête

 

Demain, pour tes deux ans, j’enlève ton bavoir

Pour la dernière fois, petit bout de bonheur

Gloire à toi et aussi à ma moins mauvaise heure

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 18:24

Le bruit des oiseaux

 

De vos câbles siffleurs, du tambour des machines

J’essaime aux quatre vents la furie des usines

L’asbeste amphibolique a creusé ma tumeur

Et l’anthracite a tué mon pigeon voyageur

 

Les corbeaux et vautours rôdent autour des mines,

Ces éternels vainqueurs que drainent nos famines,

Aux chants des moins subtils, à l’habit de couleur

Sombre et impérieux entaché de douleur.

 

On m’a dit que là-bas on convoitait les ruines

Des éternels glaciers, refuge des hermines

Entends-tu la saignée du scarificateur

Dans les veines souillées, mon oiseau migrateur ?

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 22:42

Le mur invisible : l’emprise du vide

 

Si vous arrivez du nord de Downtown sur Manhattan, il y a un mur invisible de silence qui commence juste un peu avant Chambers Street à quelques blocs au dessus de ce qui s’appelait et s’appelle encore, malgré tout, le World Trade Center. Nous sommes à la fin du mois de décembre 2002. Par contraste, au cœur de la ville, Broadway et Times Square sont en fête, exagérément en fête, si l’on considère la puissance de la catastrophe 15 mois auparavant, à quelques miles du point d’impact. Le lieu est toujours plus ou moins inaccessible. Cependant il y a des sortes de corridors, des passages étroits entre barrières, murs de grillages et bâches épaisses le long desquels il est possible de se frayer un chemin pour apercevoir le site du grand Vide. Sur l’une des façades d’un des buildings voisins, il y a une immense toile qui la recouvre entièrement et sur laquelle on peut y voir un énorme slogan évoquant le pouvoir de l’esprit humain[1]. Le message me semblait cependant curieusement très ambigu, et je ne sais toujours pas à qui et à quoi il faisait exactement référence. Sur un autre building qui semble avoir été récemment reconstruit, on peut lire en lettres géantes “ Peace on Earth ”, peut-être le message le plus provocant et courageux que l’on puisse apposer à cet endroit même, alors que d’autres venus d’ici ou d’ailleurs s’obstinent à vouloir toujours et encore la guerre. Il y avait de ces badauds hagards, stupides et inutiles, comme vous et moi, venus pour regarder, prendre un cliché, témoigner ou se délecter d’une étrange communion d’un genre incongru. J’en ai même aperçu un qui s’efforçait de faire de la photo d’art très conceptuelle. Près d’un des murs que les gens longeaient pour apercevoir de l’autre côté les travaux souterrains, il essayait manifestement d’obtenir un rendu spécial en zoomant sur une petite grille d’aération ridicule qui faisait face, malgré elle, il fut un temps, aux deux immenses tours. Je garde ce souvenir de ma sœur et moi, assis sur ce banc de pierre, près de sept ans plus tôt, en février 1996, faisant face aussi aux pieds des deux tours (durant la semaine de notre séjour à Manhattan, curieuse coïncidence des calendriers funèbres, des personnes étaient venues se recueillir sur le lieu pour commémorer la tragédie de 1993, première signature sanglante des suppôts de Ben Laden). J’avais déjà été frappé par ce silence d’un début de soirée d’hiver aux alentours du World Trade Center, puisque la place grouillante de professionnels le jour, faisait rapidement place, la nuit, à un vide énigmatique, non dénué de poésie cependant. Nous regardions en contre-plongée l’un de ces deux immenses blocs, et pensions “ oh c’est haut, que c’est haut ! ”, un peu comme l’avait chanté à une autre époque Serge Gainsbourg dans “ New York USA ”. En une minute, sur la verticalité de l’endroit et son vertige à contre-sens que l’on pouvait facilement éprouver, tout semblait avoir été vu, dit et ressenti. Y passer davantage de temps semblait déjà redondant. L’aspect fonctionnel et lisse de l’architecture n’émouvait pas particulièrement, rien n’était particulièrement beau, ni laid, seul le caractère gigantesque du lieu vous enveloppait d’une ivresse éthérée, au contact de ce vent d’Atlantique qui s’engouffrait tel un spectre euphorique autour de ces deux géantes tours aux allures d’immortalité. J’imagine qu’aujourd’hui, par mauvais temps, ce vent furibond doit hurler dans les structures des buildings voisins, à moins que le mur invisible de silence que j’évoquais au tout début, ne soit si fort que rien désormais ne pourra plus s’entendre, tant la vision d’horreur a étouffé la dimension sonore, du moins dans la psyché des contemporains au drame. Au nord du World Trade Center, de longues rangées de petits commerces tels que boutiques et restaurants évoquent toujours le sinistre de ces villes fantômes : les devantures sont encore là mais les tenanciers et leurs clients ont bel et bien quitté les lieux, certains probablement pour toujours.



[1] “The human spirit is not measured by the size of the act , but by the size of the heart.”

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 18:33

LE VISAGE DISGRACIEUX DE LA TESTOSTÉRONE

(au bon souvenir de Thomas Johnson)

 

 

L’avenir a détruit les poètes guindés

Le monde est un enclos pour tristes cervidés

Accouchant d’encornés comme on livre des bombes

Insultés des sultans, piétinant les colombes

 

Charriant le blé du pauvre en ces pays lointains

Ignorant l’empathie, prisonniers de leur chair

Jouant les opprimés aux malheureux destins

Ainsi va-t-on en guerre au gré des surenchères

 

Je ne nomme personne, oublions la saison

Demain toute une armée de lions en érection

Empestant la vigueur de l’extermination

Ira chanter victoire arborant le blason

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 18:29

SI UN MATIN (circa 2000)

 

 

Si un matin de trop à Iowa City

Je me réveille seul, repensant à ma vie

Entre neiges et pluies teintées d’un peu d’ennui

J’prendrai un car Greyhound, puis un avion de nuit

Autos, néons, motels sur l’Interstate Eighty

L’aéroport O’Hare, un charter pour Roissy

Gueule de bois légère en quittant l’Amérique

Merlot, Cognac, café, la paix de l’Atlantique

 

J’prendrai enfin mon sac, un car Roissy-Paris,

Une cigarette et puis un train vers midi

La Bretagne au départ d’un quai de Montparnasse

Oui, c’est là mon pays.

J’prendrai enfin mon sac, puis un train vers midi

La Bretagne exotique et son temps dégueulasse

Oui, c’est là mon pays.

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 23:21

 

Wilmington, NC – Kelayres, PA

 

Ton père lira tous les psaumes de la terre

Tandis que ta mère se rongera le sang

Avec ses "What are you gonna do?"

Priant dans ce bus entre nuit et éclairs

Trafics incertains sur trois voies, chemins boueux

"Pennsylvania's so far" compteur bloqué à cent

 

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 23:08

 

Virus d'un mirage occidental (Memphis, TN, août 2002)

 

 

Fragmentés mon amour

Fragmentés pour toujours

 

Ta voix saturée en un torrent de zéros et de uns

Opaque flot vibratoire de sons à demi-humains

Tes photos moyenne résolution

Pour que le mystère subsiste au gré des compressions,

Me rappellent que tu es loin encore, à pianoter

Dans cette abyssale journée

Dans la chambre d’à côté

Entre nous des armées de données

En montée, en descente

Entre détours des routeurs et des âmes absentes

 

Mettre l’alarme ce soir pour sceller l’œil atrophié

Par ces millions de pixels au quotidien sauvegardés

Autour des rêves peut-être de tout réédifier

Dans quelles constellations sont stockées les idées ?

 

Longue conversation au téléphone

Reconnaissance vocale quand tout sonne à point

N’y avait-il personne ?

J’étais aussi bien loin

 

Ai-je le temps de suivre le cours en ligne, ai-je du retard ?

Je m’efforce de tout photocopier, de dissiper mon petit cauchemar :

Manquer la connexion à l’examen final (pas d’accès sans login)

Programmé à l’avance dans la froideur des routines,

Sur des Palms qui effacent les menaces

De l’oubli

Symboles de victoire de l’interface

Sur les faces éblouies

 

Pas le temps d’écouter les oiseaux d’Amérique

S’éteindre paisiblement

Suite à ces piqûres de moustiques

Qui vous tuent jusque dans l'Ontario

Plus le temps de mourir calmement

En écoutant les oiseaux aurait dit mon grand-père, à contrario

 

Fragmentés mon amour

Fragmentés pour toujours

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