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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 18:12

                                           

                                            EXIL MARIN

 

 

Les jambes aux reflets cuivrés

Les pieds qui courent sur la plage

Les doigts qui jouent avec le sable

Les bouches qui vont expirer

Dans les bateaux et bouées gonflables

Ont perdu en mer leur visage

Dans les corps en locomotion

Tout n’est plus que fragmentation

Sans que l’on puisse restituer

Du sens aux plaisirs destitués :

Tes mille et un gestes de rien

Ont déserté mon quotidien

 

Les regards tiennent rarement

La peur d’autrui probablement

L’enfant observe davantage

En souriant à son doux visage

Dans nos meilleures intentions

On s’expose à la suspicion

Ah, honni soit qui mal y pense !

Rien ne remplace plus l’absence

Tes mille et un gestes de rien

Ont déserté mon quotidien

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 22:42

Le mur invisible : l’emprise du vide

 

Si vous arrivez du nord de Downtown sur Manhattan, il y a un mur invisible de silence qui commence juste un peu avant Chambers Street à quelques blocs au dessus de ce qui s’appelait et s’appelle encore, malgré tout, le World Trade Center. Nous sommes à la fin du mois de décembre 2002. Par contraste, au cœur de la ville, Broadway et Times Square sont en fête, exagérément en fête, si l’on considère la puissance de la catastrophe 15 mois auparavant, à quelques miles du point d’impact. Le lieu est toujours plus ou moins inaccessible. Cependant il y a des sortes de corridors, des passages étroits entre barrières, murs de grillages et bâches épaisses le long desquels il est possible de se frayer un chemin pour apercevoir le site du grand Vide. Sur l’une des façades d’un des buildings voisins, il y a une immense toile qui la recouvre entièrement et sur laquelle on peut y voir un énorme slogan évoquant le pouvoir de l’esprit humain[1]. Le message me semblait cependant curieusement très ambigu, et je ne sais toujours pas à qui et à quoi il faisait exactement référence. Sur un autre building qui semble avoir été récemment reconstruit, on peut lire en lettres géantes “ Peace on Earth ”, peut-être le message le plus provocant et courageux que l’on puisse apposer à cet endroit même, alors que d’autres venus d’ici ou d’ailleurs s’obstinent à vouloir toujours et encore la guerre. Il y avait de ces badauds hagards, stupides et inutiles, comme vous et moi, venus pour regarder, prendre un cliché, témoigner ou se délecter d’une étrange communion d’un genre incongru. J’en ai même aperçu un qui s’efforçait de faire de la photo d’art très conceptuelle. Près d’un des murs que les gens longeaient pour apercevoir de l’autre côté les travaux souterrains, il essayait manifestement d’obtenir un rendu spécial en zoomant sur une petite grille d’aération ridicule qui faisait face, malgré elle, il fut un temps, aux deux immenses tours. Je garde ce souvenir de ma sœur et moi, assis sur ce banc de pierre, près de sept ans plus tôt, en février 1996, faisant face aussi aux pieds des deux tours (durant la semaine de notre séjour à Manhattan, curieuse coïncidence des calendriers funèbres, des personnes étaient venues se recueillir sur le lieu pour commémorer la tragédie de 1993, première signature sanglante des suppôts de Ben Laden). J’avais déjà été frappé par ce silence d’un début de soirée d’hiver aux alentours du World Trade Center, puisque la place grouillante de professionnels le jour, faisait rapidement place, la nuit, à un vide énigmatique, non dénué de poésie cependant. Nous regardions en contre-plongée l’un de ces deux immenses blocs, et pensions “ oh c’est haut, que c’est haut ! ”, un peu comme l’avait chanté à une autre époque Serge Gainsbourg dans “ New York USA ”. En une minute, sur la verticalité de l’endroit et son vertige à contre-sens que l’on pouvait facilement éprouver, tout semblait avoir été vu, dit et ressenti. Y passer davantage de temps semblait déjà redondant. L’aspect fonctionnel et lisse de l’architecture n’émouvait pas particulièrement, rien n’était particulièrement beau, ni laid, seul le caractère gigantesque du lieu vous enveloppait d’une ivresse éthérée, au contact de ce vent d’Atlantique qui s’engouffrait tel un spectre euphorique autour de ces deux géantes tours aux allures d’immortalité. J’imagine qu’aujourd’hui, par mauvais temps, ce vent furibond doit hurler dans les structures des buildings voisins, à moins que le mur invisible de silence que j’évoquais au tout début, ne soit si fort que rien désormais ne pourra plus s’entendre, tant la vision d’horreur a étouffé la dimension sonore, du moins dans la psyché des contemporains au drame. Au nord du World Trade Center, de longues rangées de petits commerces tels que boutiques et restaurants évoquent toujours le sinistre de ces villes fantômes : les devantures sont encore là mais les tenanciers et leurs clients ont bel et bien quitté les lieux, certains probablement pour toujours.



[1] “The human spirit is not measured by the size of the act , but by the size of the heart.”

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 18:33

LE VISAGE DISGRACIEUX DE LA TESTOSTÉRONE

(au bon souvenir de Thomas Johnson)

 

 

L’avenir a détruit les poètes guindés

Le monde est un enclos pour tristes cervidés

Accouchant d’encornés comme on livre des bombes

Insultés des sultans, piétinant les colombes

 

Charriant le blé du pauvre en ces pays lointains

Ignorant l’empathie, prisonniers de leur chair

Jouant les opprimés aux malheureux destins

Ainsi va-t-on en guerre au gré des surenchères

 

Je ne nomme personne, oublions la saison

Demain toute une armée de lions en érection

Empestant la vigueur de l’extermination

Ira chanter victoire arborant le blason

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 18:29

SI UN MATIN (circa 2000)

 

 

Si un matin de trop à Iowa City

Je me réveille seul, repensant à ma vie

Entre neiges et pluies teintées d’un peu d’ennui

J’prendrai un car Greyhound, puis un avion de nuit

Autos, néons, motels sur l’Interstate Eighty

L’aéroport O’Hare, un charter pour Roissy

Gueule de bois légère en quittant l’Amérique

Merlot, Cognac, café, la paix de l’Atlantique

 

J’prendrai enfin mon sac, un car Roissy-Paris,

Une cigarette et puis un train vers midi

La Bretagne au départ d’un quai de Montparnasse

Oui, c’est là mon pays.

J’prendrai enfin mon sac, puis un train vers midi

La Bretagne exotique et son temps dégueulasse

Oui, c’est là mon pays.

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 23:21

 

Wilmington, NC – Kelayres, PA

 

Ton père lira tous les psaumes de la terre

Tandis que ta mère se rongera le sang

Avec ses "What are you gonna do?"

Priant dans ce bus entre nuit et éclairs

Trafics incertains sur trois voies, chemins boueux

"Pennsylvania's so far" compteur bloqué à cent

 

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 23:08

 

Virus d'un mirage occidental (Memphis, TN, août 2002)

 

 

Fragmentés mon amour

Fragmentés pour toujours

 

Ta voix saturée en un torrent de zéros et de uns

Opaque flot vibratoire de sons à demi-humains

Tes photos moyenne résolution

Pour que le mystère subsiste au gré des compressions,

Me rappellent que tu es loin encore, à pianoter

Dans cette abyssale journée

Dans la chambre d’à côté

Entre nous des armées de données

En montée, en descente

Entre détours des routeurs et des âmes absentes

 

Mettre l’alarme ce soir pour sceller l’œil atrophié

Par ces millions de pixels au quotidien sauvegardés

Autour des rêves peut-être de tout réédifier

Dans quelles constellations sont stockées les idées ?

 

Longue conversation au téléphone

Reconnaissance vocale quand tout sonne à point

N’y avait-il personne ?

J’étais aussi bien loin

 

Ai-je le temps de suivre le cours en ligne, ai-je du retard ?

Je m’efforce de tout photocopier, de dissiper mon petit cauchemar :

Manquer la connexion à l’examen final (pas d’accès sans login)

Programmé à l’avance dans la froideur des routines,

Sur des Palms qui effacent les menaces

De l’oubli

Symboles de victoire de l’interface

Sur les faces éblouies

 

Pas le temps d’écouter les oiseaux d’Amérique

S’éteindre paisiblement

Suite à ces piqûres de moustiques

Qui vous tuent jusque dans l'Ontario

Plus le temps de mourir calmement

En écoutant les oiseaux aurait dit mon grand-père, à contrario

 

Fragmentés mon amour

Fragmentés pour toujours

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 22:51

 

 

MEMPHIS (mars 2002)

 

 

Parfois on ne respire plus

Les freaks sont partout dans la rue

Ton sang s’écoule lentement

Du sablier de verre blanc

 

Veiller à ne pas le casser

— Mais qui n’en a pas plus qu’assez

Du plein de ces mortes années

Qu’il nous faudrait abandonner !

 

Corps qui meurt, cerveau hébété

Face à l’horreur, l’éternité

Parfois on ne respire plus

Les flics sont partout dans la rue

 

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 22:48

 

HOW MANY MILES

 

 

Free-jazz pour sextette en pleine fusion

Envoûte les corps, ô douce effusion,

D’un solo velours en son stéréo

De longs trémolos couleur piano

Des croches d’or pour l’oreille écorchée

Décrochons la lune

Pour un sax détraqué

Un coup de trompette

Sur un air déphasé

 

Show us the light

In the opening night

How many miles

From you, Miles?

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 22:32

                                                 

HANNAH F.

 

Sourire opaque de l’autiste

Derviche tourneur nihiliste

Esprit construit en trompe-l’œil

Génie sans tête, arbre sans feuilles

 

Parties du programme effacées

Sans lien auquel se raccrocher

Chercher toujours de nuit la clé

Derrière un miroir déformé

 

Qui est caché dans ce regard ?

Puissance d’une tour d’ivoire

Forteresse vide, air hagard

Comment parler pour t’émouvoir

 

Créer des lois pour entendre ta voix perdue dans un dédale

D’équivoques symboles sur les murs glacés de ta mémoire ?

Parfois, un hiéroglyphe sur l’un d’eux a pu me faire croire

Que la clé peut-être se cachait au fond d’une vieille malle

 

Qu’un ange pressé aurait laissé tomber sur un quai, un soir,

Avant de s’embarquer à bord d’un train pour la planète Espoir.

 

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 22:15
REPAS DE FAMILLE (Pennsylvanie)

 

 

Les hommes sont maladivement alourdis

D’un poids qu’est leur vie je crois

L’ennui, la paresse, le sport à la télé qui étourdit,

L’alibi des matches de football pour ne pas lever le petit doigt

L’un fume trop, l'autre ne bronche pas,

Vautrés sur les sofas comme des rois

Dans la cuisine, les femmes s’occupent à préparer puis nettoyer les plats

C’est le premier janvier 2003

Je m’épuise à palper les contours lisses de cette journée

Qui n’en finit pas de supplier de vouloir crever

Les enfants s’ennuient aussi parfois entre deux sodas

On évoquera les soldes, le courage des soldats

Dehors, la neige est sale et les néons brillent d’espoir

C’est la fin des repas gras et sucrés, on se dit tous bonsoir

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  • : His poetic style is a combination of lyrical writing with social, experimental and humorous themes. He believes that poetry has to renew with its popular functions to regain vitality in the world of French literature, as well as he likes committing most of his work to the constraints of certain traditional rules of form (to also have the pleasure of transgressing them).
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